Club Champagne Charlott'

TOUR de FRANCE / Un coureur-reporter sur le gril

6 Juillet 2012 , Rédigé par Club Champagne Charlott'

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Cycliste de niveau national, Geoffrey Corniau collabore activement au sein de la rubrique vélo de notre quotidien. L’occasion était belle, en plein Tour, de le passer sur le gril (Article l'Est-Eclair)

 

Sans langue de bois, tel était l’objectif de l’interview. Nous souhaitions profiter des connaissances de Geoffrey pour décrypter la Grande Boucle 2012. Nous n’avons pas cherché à l’épargner. Et il n’a pas tenté de fuir. Morceaux choisis.



En tant que coureur DN2, vous semblez apprécier le Tour de France, que vous regardez quotidiennement…


«Comme coureur, je suis le Tour même si les étapes sont plus ou moins décisives. En connaisseur, je scrute les détails qui peuvent être importants. Et pour être franc, je m’amuse des commentaires de Thierry Adam de France Télévisions. C’est consternant le nombre d’idioties qu’il peut dire, heureusement que Laurent Jalabert est là pour le remettre en place.»



On a le sentiment que vous ne comprenez pas la tactique des équipes de sprinteurs. Ou les tactiques des formations professionnelles en général. Elles sont si différentes chez les amateurs ?


«Les courses professionnelles et amateurs se courent de manière très différente. C’est pour cela que certains amateurs qui passent pros ne percent pas forcément. Chez les amateurs, ce sont des courses de mouvement qui peuvent durer 4h. Chez les pros, ça bataille pendant 1h puis l’échappée part, le peloton roule au tempo et, ensuite, ça accélère dans le final pour favoriser une arrivée massive. 80 % des courses pros arrivent au sprint en France. C’est une réflexion que l’on s’est faite avec mon frère (Guillaume) qui travaille dans le monde pro. Concernant la tactique, je ne comprends pas les équipes d’outsiders qui décident de rouler toute une journée pour favoriser une arrivée massive sachant que le favori ne fait pas rouler un seul de ses coureurs. C’est comme lorsque l’équipe des Schleck roulait à fond au pied des cols… C’était finalement Contador qui attaquait et finissait seul. Il faut savoir, de temps en temps, surprendre, mais pas de manière inconsidérée.»

 

Est-ce que, selon vous, cela vaut le coup de regarder la première semaine du Tour. Soporifique, non?


« Les organisateurs ont décidé depuis quelques années d’ajouter du piment aux arrivées de la première semaine. Dimanche, une côte à 2km du but a permis d’éliminer les gros sprinteurs et ainsi laisser la part belle aux puncheurs. L’étape d’hier était également favorable aux coureurs moins rapides mais costauds. Ce que j’aimerais, ce serait un début de tour à l’italienne comme sur le Giro avec des ascensions difficiles (cols ou longues côtes) dès les premiers jours. ça détendrait les coureurs qui sont ultra-nerveux au départ du Tour provoquant beaucoup de chutes. Le Tour est beaucoup moins soporifique maintenant que dix ans auparavant. Par contre, voir des coureurs faire office de panneaux publicitaires à la télé durant les étapes de plaine, ça m’interpelle un peu. Comment peut-on accepter de dépenser des forces aussi inutilement ?»



Avec l’absence de Contador et Schleck, est-ce intéressant de suivre le Tour ?


«Je dirais qu’avec Contador et Schleck, c’était aussi stérile par moments car ils étaient de même niveau en montagne et Schleck se prenait «son tarif» lors des contre-la-montre, ce qui créait la différence. Avec des rouleurs, il y aura des combats directs en montagne, Evans grimpant (normalement) mieux que Wiggins; et des combats à distance sur les chronos avec avantage à Wiggins. L’Anglais paraît surpuissant cette année… mais peut-être que je me trompe».



Enfin, l’avant-Tour a été marqué par de nouvelles affaires de dopage (Europcar, Armstrong). Finalement, tous les coureurs sont dopés, non ? Comme chez les amateurs, n’est-ce pas ?


«Dopage, dopage, dopage… Dès que le Tour revient, ce mot n’est pas loin. Nous, les cyclistes, on doit vivre avec car c’est la première chose dont toute personne non initiée nous parle. A croire qu’elles en sont choquées! Le «journal sportif de référence en France» sort une pseudo-affaire Europcar, c’est simplement pour vendre du papier, rien d’autre. C’est une stratégie économique et à l’heure actuelle, on attaque sans preuve car le lecteur aime les gros titres sans fond. Ce quotidien est tombé dans la presse people. Pour ce qui est du cas Armstrong, c’est tellement un homme puissant que je doute qu’une affaire de dopage le fasse vaciller, ce n’est pas la première fois qu’on cherche à le faire tomber.

Le dopage, il y en a toujours, faut pas se leurrer. J’aimerais me tromper mais expliquez-moi comment un coureur qui «ne cassait pas les pattes d’un canard» en début de saison parvienne à distancer les meilleurs grimpeurs du monde en plein mois de juillet. Personnellement, j’ai toujours eu du mal à comprendre les progressions subites de certains coureurs… même à mon échelle. Ce n’est pas de la jalousie car je sais très bien que je ne suis pas «un moteur», mon seul avantage, c’est qu’après 20 ans dans le milieu, je vois les choses d’un autre œil. Pour se rendre compte du net recul du dopage, on peut remarquer que les sprints d’arrivée ne sont plus si bien emmenés qu’avant, les équipiers s’épuisent beaucoup plus vite maintenant…»

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